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Les chansons de Brassens expliquées dans un dictionnaire exhaustif

Georges Brassens - Paris 15

Vous parlez le Brassens ? Les chansons du chanteur-poète n’auront bientôt plus de secrets pour vous grâce au dictionnaire de Jean-Louis Garitte. Passionné, il a passé la moitié de sa vie à décortiquer avec minutie les textes des chansons de Georges Brassens. A l’occasion des Journées Brassens qui se dérouleront ce week-end dans le parc éponyme du 15ème arrondissement parisien, rencontre avec un amoureux des mots et de la langue française.

Pourquoi ce livre ?

Jean-Louis Garitte : J’ai toujours été attiré par les mots, par la langue française et par la poésie en particulier. Chez Brassens, au départ, j’ai été attiré par les archaïsmes, donc les termes plutôt littéraires. Je voyais un spadassin, un tabellion, sycophante. J’allais voir ce que ça signifiait. Progressivement, en tant que distraction, j’ai commencé à faire un petit dictionnaire. Il s’est développé comme ça, au fil du temps. D’une distraction, c’est devenu un travail sérieux. En tout, j’y ai passé presque 30 ans.

Vous proposez une étude des textes. Comment avez-vous procédé ?

J.-L.G. : Je me suis centré sur le texte des chansons dont j’ai tiré tous les termes, expressions et allusions qui me semblaient intéressants à développer. Ces expressions sont vraiment très nombreuses. Ce sont elles qui expriment encore le mieux l’élaboration du texte. Brassens est allé chercher dans des textes d’auteurs surtout classiques des extraits de phrases qu’il a mis dans ces chansons. On voit des allusions à François Villon, à La Fontaine, à Victor Hugo…

Par exemple, « le temps ne fait rien à l’affaire » est une expression qui vient du Misanthrope de Molière. Ou bien, « la mort, la mort, toujours recommencez » extraite de Mourir pour des idées est une phrase qui vient du texte de Paul Valery, Le Cimetière marin, « la mer, la mer, toujours recommencer. » Ce sont de fines allusions. Cette étude demande une recherche assez importante, une lecture, une relecture des chansons, car elles n’apparaissent pas au premier abord. Comme disait Georges Brassens lui-même, « mes chansons ne sont pas faites pour être entendues, mais pour être réentendues. »

Brassens mais ou sont les mots d'antan - couverture - portrait jean-louis garitte - paris 15
Le dictionnaire de Jean-Louis Garitte

Brassens, que représente-t-il pour vous ?

J.-L.G. : Pour moi, il est le plus littéraire des auteurs de chansons. Ces chansons à texte sont ce qui se rapprochent de la poésie finalement, même s’il est discutable de considérer Brassens comme un poète. Pour moi, il l’est. C’est un auteur de très bons textes poétiques. L’une des ses spécificités, c’est aussi l’argot. Il mélange des termes d’argot et des termes littéraires, à la fois les archaïsmes, donc les anciens termes, et les termes du langage populaire ; Vous voyez la richesse du texte.

Sur les quelque 200 chansons étudiées, quelle chanson préférez-vous ?

J.-L.G. : Je crois que la plus belle chanson, c’est la plus longue : la Supplique pour être enterré à la plage de Sète. Comme souvent dans ses textes, Brassens raconte une histoire qui pourrait correspondre à la réalité. Là, il explique qu’à sa mort, il désirerait être enterré sur la plage de la Corniche à Sète. La construction de cette chanson est vraiment extraordinaire. Ca vaut la peine de l’écouter et de la réécouter. C’est dans cette chanson qu’il y a le terme tabellion, l’un des premiers termes que j’ai cherchés. C’est un terme ancien pour dire un notaire.

Et du côté des expressions ?

J.-L.G. : J’aime beaucoup « en voici bien d’une autre. » C’est une expression ancienne qui veut dire tiens voilà quelque chose de particulier, d’extraordinaire. J’aime bien aussi « attendez-moi sous l’orme. » Ca signifie tout simplement que l’on donne un rendez-vous auquel on n’a vraiment pas l’intention de s’y rendre.

Il y a également les phrases que j’appelle défigées, remaniées. Brassens employait une expression un peu toute faite et changeait ou déplaçait un mot pour en faire une nouvelle phrase. Par exemple : « il n’y a pas de quoi fouetter un cœur », « mener quelqu’un par le bout du cœur » ou encore « en suivant son petit bonhomme de bonheur. »

Pour les amoureux de Brassens, un livre indispensable pour réécouter autrement les chansons de l’ami Georges !

Dictionnaire Brassens, Mais où sont les mots d’antan ? (Atlande) de Jean-Louis Garitte (760 pages)

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