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« Condamnée »: une œuvre forte et engagée

Betty Pelissou - Condamnée - Théâtre Croisée Chemins - Paris 15

Dans la petite salle du théâtre La Croisée des Chemins, tout un pan de l’audience est ému aux larmes. Sur la scène le malheur de la Condamnée, dont on ignore le nom, l’identité et le crime, est palpable. L’air est chargé d’une importante tension qui, renforcée par le huis clos de la mise en scène, en devient parfois effrayante. Le public respire, comme la pauvre femme dont l’exécution approche dangereusement, un désespoir omniprésent et presque omnipotent.

Cette condamnée sans identité – mais pas sans passé – porte l’intégralité de la pièce. Incarnée avec brio par Betty Pelissou, elle est l’unique visage que verront les spectateurs. C’est à travers son œil, son expérience, sa vie, que l’on assiste à tout le drame et toute l’injustice qui se déroule à quelques mètres seulement du dernier rang. « Maintenant, je suis captive. Mon corps est aux fers dans un cachot, mon esprit est en prison dans une idée », déclame très tôt la condamnée, dénonçant toute cette souffrance qui la poursuit et la ronge depuis l’annonce de sa sentence à son exécution.

Condamnée est le triste récit des dernières tranches de vie d’une femme anonyme dont on partage la détresse, les craintes, l’angoisse et, somme-toute, l’agonie. Elle n’est ancrée dans le monde extérieur que par sa jeune fille, de trois ans, et le souvenir d’une famille malade qui constituent les seules raisons la poussant encore à espérer parfois.

Adaptée du célèbre roman Le dernier jour d’un condamné (1828), de Victor Hugo, la pièce jouit d’un texte extrêmement puissant, fort et engagé. Cependant, il est loin de se contenter d’égrener les critiques à l’encontre de la peine de mort, contre laquelle le dramaturge s’est toujours battu.

« Plus que jamais, ce texte a toute son importance », estime en effet Betty Pelissou qui explique pourquoi elle s’est dirigée vers ce type de théâtre plutôt qu’un autre « Il s’agit de rappeler un peu ce qu’est l’être humain, de prendre conscience de l’autre », juge-t-elle.

Selon l’équipe derrière ce spectacle bouleversant, il est « important de faire de nouveau passer des messages engagés », particulièrement aujourd’hui quand la période « chaotique » pousse certains « à tout remettre en question, comme l’IVG par exemple ». C’est quand on est persuadés que les choses sont acquises que tout est encore à faire, soulignent-ils, non sans rappeler encore que « tout cela va bien plus loin que la seule peine de mort ».

Pour servir cet objectif, la pièce dispose d’une mise en scène à la fois sobre et léchée, pensée par Vincent Marbeau. Son côté presque simpliste met en avant toute l’intensité du texte et tout le cœur de la prestation de Betty Pelissou.

Seulement entourée de quelques façades noires, d’un mur de toile, d’une chaise rouge et d’une étoffe brun-clair pour représenter sa prison, la comédienne est au centre de toutes les attentions. Son jeu se fait, dès lors, le meilleur héraut du message qu’écrit Victor Hugo, que déclame la condamnée dans un impressionnant monologue d’une heure et demi.

A quelques instants clef, elle est épaulée par de rares (mais efficaces) effets lumineux et sonores qui viennent mettre l’emphase sur ces moments particuliers. Tous ces éléments de mise en scène comme d’écriture et de ré-écriture (il a bien fallu adapter et couper certains aspects du texte original pour le donner en pièce de théâtre) prennent absolument tout leur sens quand ils sont joués dans une salle aussi intimiste que celle du théâtre La Croisée des Chemins : fort de 35 places, seulement, la bâtisse semble avoir été construite pour abriter de telles représentations destinées à toucher profondément et durablement un auditoire restreint. Dans un autre contexte et surtout dans une salle plus grande, il y a fort à parier que tout aussi impressionnante et émouvante qu’elle puisse être, cette pièce aurait peut-être perdu un peu de sa force, de son sens.

Le spectacle fait d’ailleurs partie des perles de cette première saison du théâtre. « Condamnée est éligible aux Petits Molière », rappelle-t-on du côté de la direction, en précisant toute la difficulté de la tâche. « Rendre une pièce éligible aux Petits Molière c’est très compliqué parce que très subjectif. Nous sommes ravis d’accueillir Condamnée et nous souhaitions prouver la qualité de l’œuvre, nous engager en sa faveur. C’est l’une des pièces phares de cette saison. » Cependant, malgré tout l’intérêt du spectacle, il ne sera donné que jusqu’à début mai. A voir vite, donc !

Vincent Nahan
Vincent Nahan
Journaliste pluri-média, spécialisé en presse web, passé par le pôle décryptage (Information politique et générale, essentiellement) de la rédaction d'Atlantico.fr

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